03.11.2009
Le théologien Hans Küng critique la politique du Vatican à l'égard des Anglicans

L'ancienne invitation à "rejoindre Rome" reprendrait-elle du poil de la bête ?
La volonté de la part de Benoît XVI de réintégrer certains prêtres anglicans dans le giron de l’Eglise catholique fait débat depuis une dizaine de jours. Hans Küng, théologien suisse, ancien collègue de Joseph Ratzinger à l’université de Tübingen en 1960, s’insurge - La politique du pape envers les Anglicans est un véritable drame! -, dans un article publié dans Le Monde du 29 octobre, contre cette volonté de mainmise de l’Eglise catholique sur une des principales branches du christianisme (un demi-million de fidèles - 20-30 évêques concernés - sur 77 millions dans le monde).
L'éditorial de L’Osservatore Romano (Traduction La Croix) juge le texte de Hans Küng "loin de la réalité" via le Post.fr. Mais l'hebdomadaire Golias, lui, se réconforte, se réjouit et jubile, même, de voir un théologien catholique reprendre ainsi sa liberté critique ("Hans Küng et le retour des Anglicans : le ras-le-bol du "King" de l'oecuménisme").
Dans le texte du Monde, quelques belles formules : "Le pêcheur va jeter son filet à l'extrême droite. Mais là-bas, les eaux sont troubles", prévient H. Küng : De toute évidence, l'actuel archevêque de Canterbury, Rowan Williams, n'était pas préparé à cette ruse de la diplomatie vaticane. Dans son pas de deux avec le Vatican, il n'a visiblement pas mesuré les conséquences de cette partie de pêche papale dans les eaux anglicanes... Ceux qui se retrouvent pris dans cette nasse romaine ne remarquent-ils donc pas qu'ils ne seront que des prêtres de seconde zone au sein de l'Eglise catholique et que les catholiques n'auront même pas le droit d'assister à leurs offices ?...
Accessoirement [pour les candidats à la prêtrise]: Faudrait-il, si l'on veut se marier, devenir d'abord anglican, puis convoler pour revenir ensuite sur ses convictions ?
En résumé : "Hypertraditionalistes de tous les pays, unissez-vous sous le dôme de Saint-Pierre !" dénonce H. Küng.
Ou quand la stricte orthodoxie dogmatique en matière religieuse se veut plus souvent semeuse de discorde que de réconciliation.
Déplorant le retour à une politique religieuse dogmatique du catholicisme romain, Küng -qui avait en son temps participé au Concile de Vatican II en tant que théologien expert- dénonce l’abandon de l’œcuménisme « fondé sur un dialogue d’égal à égal » (que Jean-Paul II avait su initier lors de sa papauté) au profit de ce qu’il n’hésite pas à appeler un « débauchage des prêtres ». Il est vrai que l’exercice du pouvoir papal depuis l’élection de Joseph Ratzinger en 2005 développe régulièrement d’inquiétantes zones d’ombre témoignant d’un durcissement du pouvoir romain, qu’il s’agisse des malheureux propos de Ratisbonne concernant l’islam ou de la réintégration des lefebvristes dans le giron de l’Eglise romaine en passant par la déplorable affaire Williamson.
Si Jean-Paul II avait incontestablement contribué à adoucir l’image du catholicisme en repensant les relations de l’Eglise avec les juifs et en initiant un véritable mouvement œcuménique, l’ancien préfet de la Congrégation pour la foi semble prendre le contre-pied de son prédécesseur en voulant, semble-t-il, renforcer à tout prix ce que Küng appelle « le centralisme romain issu du Moyen Age. » Tout se passe comme si seul importait aux yeux de Benoît XVI de rassembler la grande famille chrétienne, quel qu’en soit le coût et au mépris de la diversité religieuse qui constitue pourtant l’une des richesses intellectuelles du christianisme. Le théologien suisse, dans une formule choc qui ne peut manquer d’interpeller croyants et athées, résume ainsi la position dogmatique du pape : « Hypertraditionalistes de tous les pays, unissez-vous sous le dôme de Saint-Pierre ! », soulignant par là même l’espoir déçu de voir le catholicisme romain passer de « l’imperium romain à un Commonwealth catholique ! »
En ces temps de crispation religieuse et de renforcement des communautarismes, le Vatican, maison mère de la plus grande famille religieuse d’un point de vue démographique, renforce dangereusement le fondamentalisme doctrinal (tant dénoncé à l’endroit d’autres religions), s’éloignant du même coup d’une vertu évangélique essentielle : la tolérance. Qu’un de ses anciens hauts dignitaires et brillant penseur -suspendu en 79 pour ses positions jugées hérétiques- porte l’estocade nous rappelle combien la stricte orthodoxie dogmatique en matière religieuse se veut plus souvent semeuse de discorde que de réconciliation.
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23:35 Publié dans Oecuménisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, hans küng, anglicans, vatican, théologie














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