Le culte chrétien dans une perspective protestante

Le culte chrétien dans une perspective protestante

Auteur : Ermanno Genre

Editeur : Labor et Fides

Année : 2008

Traduit de l'italien par Corinne Lanoir. Genève, Labor et Fides, coll. « Pratiques », n° 23, 2008. - (14,7x22,5), 254 p., 19 €.

Protestant italien, professeur de théologie pratique à la Faculté vaudoise de Rome, ayant déjà publié chez le même éditeur en 1997 La Relation d'aide, E. Genre nous offre aujourd'hui une remarquable synthèse, claire et précise, sur la liturgie. Si, comme l'indique le sous-titre, la perspective est protestante, elle n'en est pas moins aussi très œcuménique. Tout d'abord, par la connaissance étendue, tout à fait universitaire, qu'a notre auteur de la liturgie dans le catholicisme et l'orthodoxie. Ensuite, en osant reconnaître sans complexe, contrairement à beaucoup d'autres protestants, surtout réformés, l'origine de la liturgie protestante : « Toutes les formes liturgiques apparues en milieu protestant pendant la réforme de l'Église au xvie siècle ont été modelées sur la matrice commune de la liturgie héritée de l'Église médiévale en Occident. Ce fait est à souligner, contre l'idée que les liturgies protestantes n'ont rien à voir avec la liturgie en usage dans l'Église catholique romaine. » (p. 94.) Œcuménique enfin, parce qu'encourageant ses propres frères protestants à s'engager toujours plus dans un véritable approfondissement de la liturgie, non en opposition polémique avec l'Église catholique, mais dans le but implicite de trouver, à partir de là, des points de convergence, sans toutefois chercher à tout prix à gommer les différences existantes.

Comme E. Genre l'indique dans son introduction : « La première partie est consacrée à quelques notions de "science liturgique", au concept de liturgie dans une optique réformée ouverte au questionnement œcuménique contemporain (dans la mesure du possible), au temps et à l'année liturgique, aux lectionnaires, à l'espace liturgique, à l'hymnologie et à la musique liturgique. » (p. 12.) Cette partie (p. 13-89) se conclut alors par une réflexion, d'autant plus importante de la part d'un réformé, sur le rapport entre la liturgie et l'art, ce dernier étant successivement envisagé, après une belle description des peintures murales autour du baptistère de la domus ecclesiae de Doura Europos (p. 81-84), comme « évocateur de mémoire », « représentation du défi de l'Évangile » et « encouragement éthique ».

La deuxième partie présente successivement les trois moments principaux du culte réformé (p. 91-141) : tout d'abord, la liturgie d'ouverture où, comme le dit à juste titre Lytta Basset, le temps important qu'est « la confession publique du péché […] porte en elle un motif polémique : la dénonciation des "abus liés à la confession et au sacrement de la pénitence" » (p. 106) ; ensuite, centrale pour les protestants, la liturgie de la Parole où la prédication occupe une place importante mais, si possible, pas plus de vingt minutes, conseille notre professeur (p. 116) ; plus sérieusement, il constate avec plaisir que « la distance, assez importante en son temps, entre le sermon protestant et l'homélie catholique (et orthodoxe) s'est aujourd'hui réduite car, dans le catholicisme et l'orthodoxie également, l'homélie a assumé un poids plus important et l'on y consacre aujourd'hui une attention et une préparation croissantes » (p. 115) ; enfin, la liturgie de la Cène du Seigneur qui, dès les origines de la Réforme, a voulu réfuter fortement tout caractère sacrificiel (p. 122) et qui, encore aujourd'hui, n'est pas forcément célébrée lors de chaque culte dominical. C'est que des différences substantielles existent encore, et, en tout cas, « contrairement à la messe catholique et à la liturgie orthodoxe qui incluent toujours la célébration de l'eucharistie comme le véritable centre du culte, pour les Églises protestantes, le sacrement de la Cène du Seigneur est un élément fondamental du culte mais il n'en est pas un élément incontournable : il y a culte aussi sans célébration de la Cène » (p. 122).

La troisième partie (p. 143-206) est plus spéculative et prospective : notre auteur y aborde « sept domaines de réflexion qui se croisent et s'entremêlent dès que l'on ouvre le dossier liturgique dans un horizon interdisciplinaire » (p. 143). Ces sept sujets ont tous un intérêt croissant aujourd'hui pour toutes les confessions chrétiennes, il s'agit : 1) du rapport parole-rite-symbole ; 2) du rapport liturgie-sciences humaines ; 3) des nouveaux défis posés par les technologies nouvelles et la mondialisation ; 4) du rapport liturgie-diaconie (ou, dans un langage plus familier aux catholiques, liturgie-service) ; 5) de celui de la liturgie et de la thérapie ; 6) de « la liturgie comme revendication de justice » ; enfin 7) sur un thème approchant, de « la liturgie comme commencement de l'éthique chrétienne ». Il termine ce dernier point en insistant sur « la dimension politique du culte » (p. 204-206) ; ainsi il affirme que « c'est bel et bien l'incarnation du Verbe qui fait du culte chrétien un acte politique ; le nier signifierait nier l'Incarnation elle-même. C'est donc dans la compréhension politique du culte que se trouve la clé de sa signification pour l'éthique chrétienne ». Il précise aussitôt ce qui pourrait apparaître comme simplement une aimable généralité en disant qu'il faut alors « comprendre le culte comme un temps et un lieu dans lequel l'action de Dieu constitue le commencement, l'ouverture d'une action qui est à accomplir et que les humains reçoivent d'abord dans l'écoute de la Parole, dans l'annonce du pardon des péchés, dans la bénédiction qui renvoie à la mission dans le monde, tout comme y renvoient le baptême et la Cène du Seigneur » (p. 204).

Le lecteur apprécie enfin de trouver en annexe (p. 211-233) toute une série de liturgies protestantes (de l'Église réformée de France, des Églises réformées allemandes, des Églises réformées suisses de langue allemande, de l'Église presbytérienne des États-Unis, de l'Église évangélique vaudoise italienne et de l'Église méthodiste anglaise) et aussi, plus longue (p. 222-233), celle dite de Lima, préparée pour la session plénière de la commission « Foi et Constitution » réunie dans cette ville en 1982.

P. David Roure

Esprit & Vie n°196 - Juin 2008 - 2e quinzaine, p. 30-31.

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